La brasserie liégeoise {C} a sorti sa gamme "Torpah" il y a quelque temps, dont le principe est que chaque bière soit aromatisée avec un seul houblon, et que l'amertume grimpe progressivement d'une bière à l'autre, d'où la numérotation en rapport avec l'IBU de chaque bière. Et comme j'ai bien kiffé le verre officiel, j'attendais de le trouver pour enfin les déguster !
Commençons donc avec la TORPAH 30, au houblon "Wai-ti" de Nouvelle-Zélande.

Légère, mais aussi caractérielle, c'est une douceur fruitée vraiment intéressante qui s'en dégage. Du zest d'agrume sans l'acidité, quelque chose de pèche ou de nectarine associé à de la levure belge qui lui apporte une belle rondeur.
Une mousse magnifique qui retombe rapidement d’environ 90 % pour ne garder que son concentré d'onctuosité, un pétillant agréable et rafraichissant, un peu de dépot normal et sans excès, et surtout, beaucoup de smooth en général !
C'est un classique de la bière belge comme on l'aime, très bien réalisée, mais avec ce houblon en plus qui est rudement bien dosé pour désaltérer sans agresser le palais. Ce produit semble représenter un pur prototype de ce par quoi passera l'avenir de la bière belge apéritive en somme ! Exactement entre une Jupiler fraiche et une Westvleteren 6, avec un soupçon de XXIème siècle artisanal en plus :-)
Pour résumer, cette bière dégage de la puissance, elle éveille les sens, elle se déguste telle la quintessence belge et elle donne surtout envie de déboucher la "Torpah 60" !
Ma note : 8,5/10
Passons maintenant à la TORPAH 60 et son houblon alsacien "Aramis" !

Plus subtile mais un peu moins agréable, elle ne semble pas vraiment plus amer que la 30, je dirais même qu'elle est plus ronde, un peu plus équilibrée, presque mystérieuse.
Sa mousse est encore plus épaisse, les levures encore plus massives, elles montent et descendent dans le verre de façon effrayante, il y a de la bulle, on la sent bien mais elle reste distinguée.
En fait, je trouve qu'on sent bien plus le côté bière artisanale belge qu'avec la 30. C'est levuré, il y a le côté non filtré qui agit à fond de balle et cette saveur champêtre de foin fraichement coupés, d'automne qui arrive, de grange poussiéreuse. Il manque clairement la touche "XXIème siècle", on est plus dans les fourrages que dans la cuisine moléculaire. Cela dit c'est sympathique au fond !
Ma note : 7/10
On ne pouvait décemment pas conclure une aussi belle gamme sans ajouter une pointe de belgicisme assumé avec la TORPAH "NONANTE" !!!

Toute la puissance aromatique du houblon américain "Chinook" se dégage là dedans. Une grosse amertume envahit la gorge quasiment jusqu'à l'anesthésier. C'est un peu trop je trouve, mais pour celui qui aime ça, c'est surement divin. Je ne trouve pas cette bière suffisamment parfumée pour être appréciable, la fin de bouche est très sèche, et il ne faut pas hésiter à la garder un certain temps pour qu'elle révèle enfin des saveurs intéressantes en se réchauffant au contact de la langue. C'est un breuvage vraiment complexe qui s'adresse aux connaisseurs de fort houblonnage (96 d'IBU quand même, c'est pas banal par chez nous !!!).
Je pense tout de même qu'un dosage un soupçon plus faible aurait été le bienvenu et lui aurait enlevé la pointe d'agressivité qui gâche un peu le plaisir. D'autant qu'elle ne dégage même pas d'odeur particulièrement agréable qui aurait pu compenser son goût aigre comme c'est parfois le cas. Peu de kiff donc, si ce n'est peut-être la couleur, et encore, la limpidité n'est pas au rendez-vous en raison d'un étrange dépôt flottant entre deux eaux...
Un ratage expérimental, mais un ratage quand même. Au risque d'être redondant, il faut aimer pour apprécier, et ils ne doivent pas être si nombreux que ça les amateurs de ce genre de jus de chaussettes ayant macérées dans une paire de botte pendant une journée de marche en montagne par 35° à l'ombre...
Je vais attendre quelques minutes qu'elle se réchauffe pour voir si c'est mieux.
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Bon, bah en fait c'est vrai que c'est un rien moins pire, surtout en mangeant un peu de pain avec du beurre salé dessus ou une carbonnade flamande maison... enfin non, préférez le salé avec une bière comme ça, vraiment ! Et ne comptez surtout pas sur moi pour aller boire le dépôt comme parfois. Là, c'est archi dead !!!
Ma note : 4,5/10
Pour conclure, je suis quand même tenté de dire que ce trio de bières sœurs, toutes au même taux d'alcool de 6%, représente un exercice fort intéressant à la dégustation. La monté progressive de leur amertume est chouette, mais les dosages ou choix de houblons sont peut-être maladroit, même si j'imagine aisément la complexité de la chose.
L'expérience en elle même fut tout de même passionnante, sentir les particularités de chaque houblon, rechercher les saveurs propres à chacun d'eux, apprécier leurs différences, tout cela m'a fait frétiller de délice !
Je ne retiens que la "30", et tacherais de la regouter à l'occasion. Peut-être mon palais n'est-il pas fait pour trop de patate houblonnée dans la gueule, mes goûts sont surement bien plus distingués que cela, je suis quelqu'un de si raffiné n'est ce pas ?
Hein, pas vrai ???
Plus d'info sur le site dédié qui foire : www.torpah.com
Ou celui de la brasserie : http://brasseriec.com
Et pour finir cette session de Trappistes Autrichienne, voici la plus cotée des trois, je veux bien sur parler de la Gregorius !
Et la première chose que ça sent, c'est l'alcool, et pour cause, à 9,7%, ça dégage bien les sinus ! Il y a un petit quelque chose d'épicé, de vanille qui a mal voyagé et aussi de clou de girofle.
La bière est bien marron, un peu trouble avec du dépôt, et la mousse se tasse vraiment très vite. On peut la verser dans le verre à fond la caisse, rien ne monte ! C'est très loin de la noblesse des brunes belges tout ça...

En bouche, c'est rond, très rond, et petit patapon même ! On s'attend à un destructeur de papille et à un arrachage de gorge par l'alcool mais pas du tout, l'équilibre est même excellent. Une nouvelle fois, la liste des ingrédients renseigne sur la présence de miel, surement à l'origine de cette douceur inéluctable. (j'avais envie de placer ce qualificatif dans cette review, même s'il ne qualifie rien du tout !)
Les saveurs sont tout de même un peu ternes, un peu vineuses voir vinaigreuse, comme masquée par un voile de poussière, on a l'impression qu'il y a quelque chose de bien là derrière mais on n'arrive pas vraiment à savoir quoi, comme quand on attaque le point sud d'El Alamein sur DC par le ciel en Sukoï SU-25 Frogfoot, on est dans le flou jusqu'au dernier moment, y a t'il un fantassin vulnérable ou une Shilka meutrière... C'est aussi ce mystère qui nous fait boire de nouvelles gorgées à la recherche désespérée de réponses.
En se réchauffant, il y a toujours cette odeur étrange mais elle commence à s'estomper un peu et à se transformer en boisé plutôt agréable.
Une certaine astringence apparait alors que le houblon ne se fait pas vraiment sentir. Elle gagne en lourdeur ce qu'elle perd en fraicheur. Son goût est plus prononcé, quoique toujours énigmatique, mais on a plus de mal à l'avaler qu'avant.
Il y a aussi un sucré qui fait son apparition de façon un peu excessive, et une agressivité peut-être issu du dépôt qui n'est vraiment pas très bon.
Cette bière est loin de dégager autant d’arômes qu'une Westvleteren XII issu d'une cuvée réussie et bien vieillit en cave, mais elle présente tout de même un intérêt non négligeable que tout bon amateur de bière doit déguster au moins une fois dans sa vie.
Quant à la question "faut-il la boire fraiche ou chambrée ?" Il y a du bon et du moins bon dans les deux cas, mais malheureusement, pas de consensus idéal.
Ma note : 8/10
Elle est intéressante, tout de même bonne, mais trop mystérieuse pour pouvoir l'apprécier comme il se doit. J'avais envie de mettre une note plus élevée mais l'impression global qu'elle dégage est trop sur la corde raide. C'est en dessous d'une Trappe Quadrupel ou d'une Chimay bleue mais tout de même pas si loin.
Cependant, elle reste indéniablement une bière de dégustation qui éveille les sens. La petite histoire nous apprend que ce sont des moines Alsaciens qui ont fondé une abbaye Trappiste à Engelszell en 1925 en apportant leur savoir faire local, c'est à dire, selon moi, l'excellence des vins blancs d'Alsace. Car effectivement, au goût, on s'y retrouve un peu. Le côté asséchant du Riesling en fin de bouche, un léger pétrolé aussi, un fruité amer de bonne facture... On n'est pas loin du "barley wine" sans en avoir l’écœurement. Pour info, Gregorius n'est autre que le nom du moine qui a guidé les autres jusqu'en Autriche.
Et pour la petite dédicasse, j'ajouterai que ce sont des moines de l'ordre Augustin qui ont fondé, en 1046, l'abbaye Alsacienne Notre-Dame d'Oelenberg à l'origine de celle d'Engelszell !
Et c'est entrainé par le plaisir intense que m'a procuré la Nivard que je m'attaque désormais à un autre produit de la gamme d'Englszell, la très controversée Benno !
Car oui, lorsque je l'ai vue en rayon à Vanuweem il y a presque 2 ans de cela, je m'étais empressé d'en faire profiter les copains, alors que je n'ai moi-même toujours pas dégusté cette bière. Cependant, de vives injures me sont revenues quant au soit disant "ignoble goût d'olive" dégagé par cette nouveauté. Et les critiques sont, encore maintenant, très vigoureuses à son égard, lorsque j'ose, non sans esprit provocateur, prononcer son nom devenu tabou. Qu'à cela ne tienne, foi de Booyah, une review s'impose afin de mettre tout le monde d'accord et de lever le mystère sur son "oliveté" !

Au premier abord, la bière est rousse foncée, plutôt trouble, et dégage instantanément une odeur puissante, effectivement... Point d'olive pour l'instant, je dirait plutôt des senteurs de graine de moutarde, un léger picotement dans le fond du nez, mais rien de vraiment choquant, seulement de l'originalité qui m'assoiffe encore plus à l'idée d'y gouter. L'étiquette m'apprend alors que du miel est contenu dans cette bière à une dose plus forte que le houblon lui-même. Rien de bien surprenant, mais il vaut mieux en être au courant avant de commence à la boire.
Car en bouche, c'est en effet la rondeur qui prime. La sensation moutardée se voit remplacée par une touche poivrée discrète mais semblant, elle aussi, picoter le fond de la gorge. La douceur issue du miel est sans doute la bienvenue car il s'agit là d'une bière au caractère bien trempée, une bière chargée de saveurs qui s'adresse aux connaisseurs, c'est peut-être là que la différence se fait sentir entre certaines personnes et moi...
Oui, je sais, je m'aime beaucoup !
En réchauffant, je ressens au nez de nouvelles notes plutôt florales se rapprochant de condiments et de plantes aromatiques tel que l'estragon ou le persil, mais dont le fond peut effectivement se rapprocher d'un soupçon d'olive verte. C'est sans doute la garde de cette bière que je déguste seulement un mois et demi avant sa date de péremption qui fait que son équilibre est des plus agréable. Le miel dégage peu de sucre, ses saveurs se sont développées pour le mieux, et son taux d'alcool surement aussi un petit peu, car elle me semble au dessus des 6,9% affichés... ou alors je suis vraiment à jeun, ce que je ne nie aucunement.
Ma note : 7/10
Il faut vraiment que je la goutte fraichement sortie de la brasserie. Il faut aussi que j'avoue qu'elle se dégrade vite une fois servie, ce qui est normal pour une bière qui approche sa limite de conservation, mais qui n'est pas pour favoriser la qualité de sa longueur en bouche qui, ici, s'avère plutôt écœurante : elle a de la longueur, mais c'est pas bon, vite vite, une nouvelle gorgée pour passer ça. Malgré tout, c'est plein de saveurs, senteurs, émotions et passions qui se succèdent rapidement en bien peu de liquide. Et ça, c'est pas si mal !
Le maitre mot pour moi restera vraiment : Moutarde (et non pas olive comme pour certains)
Je terminerais sur une note semi-négative, car ok, cette étiquette est plutôt réussie, mais bordel, qui est le crétin de graphiste qui eu l'idée de dessiner un aspect sale sur une étiquette propre ??? J'ai passé 20 minutes à sortir toute les Benno des cartons à Vanuxeem pour en trouver une qui soit présentable afin de faire une belle photo pour ma future review... jusqu'à ce que je me rende compte que toute les bouteilles avaient toutes exactement les mêmes saletés précisément aux mêmes endroits, et que j'avais beau frotter, ça partait pas ! Ça leur fera 1/2 point en moins à ces putains de moines modernes nom de Dieu !!!
Ma note finale : 6,5/10 !!!
Putain, Untappd a tué la bonne vieille review Booyesque en fait, ça craint du bon grain tout ça, et d'orge s'il vous plait.
Je m'en vais dépoussiérer ce forum à l'aide d'une fraiche blonde de la récente abbaye officiellement Trappiste d'Autriche, la Engelszell Nivard.

Alors évidement, quand on voit l'étiquette banche de cette bière, on se dit que c'est une blanche et que La Trappe Witte n'a qu'a bien se tenir. Que neni, c'est une pure blonde de fermentation haute comme bien d'autres. Sauf que celle-ci, depuis son épaisse mousse jusqu'au fond du calice, dégage de grandes odeurs de céréales bien dorés, de tempérament maitrisé et de puissance toute monastique ! D'autant plus que la troubleté de sa robe n'est pas pour rassurer l’œil quant à sa légèreté et sa filtration, ce qui n'est vraiment pas un problème pour certains amateurs (comme moi).
Et effectivement, ce n'est pas sans satisfaction que je me mis à déguster ce breuvage me rappelant furieusement l'Orval de part son côté épicé, l'Hommel par son léger houblonnage maitrisé et une multitude de Triples de part son attaque franche, claire, nette et sans bavure. En fait, elle me rappelle totalement la Westvleteren 6 avec peut-être un poil plus d'épices. Bref, on semble plutôt voyager du côté Belge de la frontière Allemande que du côté Autrichien, bien que l'élégance et la droiture du résultat de cette recette me rappelle instantanément la force et l'ordre germanique, comparé à l'aspect souvent "brouillon" des bières Belges pures souches. Je m'explique : ce produit est puissant dans sa saveur, docile pour ses senteurs, et droit dans ses bottes en cuir car même en se réchauffant, cette bière ne-bouge-pas !!!
Ma note : 8/10
Bien sur, certaines mauvaises langues diront qu'on l'a déjà bue et qu'elle n'était pas non plus si bonne à rendre alcoolique un islamiste intégriste ! Mais je rappellerais à ces deux Chacals les conditions douteuses de cette première confrontation, puisqu'on était à Wazemme un dimanche matin, bourré de la veille, lors du carnage post-marché, zigzaguant péniblement entre les manouches qui s'insultent et les cassos qui ramassent des poireaux invendus piétinés depuis plusieurs heures par une foule de pauvres gens marchant souvent pieds-nus... Bref, on avait l'impression de boire une heineken chaude, d'autant plus que comme expliqué plus haut, on s'attendait à une blanche, et qu'elle avait le goût d'une spéciale. Qu'à cela ne tienne, je pense avoir redoré le blason de cette Trappiste forte intéressante, et c'est tout à son honneur.
Pour clore cette série de franco-belgo-bières, et pour faire suite à la collaboration France-Belgique de la review précédente, voici un autre bel exemple de religieuse coopération : la Mont des Cats.
Bien sur, elle est maintenant connue de tous, goutée par tous, et plus ou moins appréciée. C'est tout d’abord son lieu de production qui fait blasphème, la Mont des Cats est faite à l'abbaye de Scourmont, donc à Chimay. Tristesse et décadence, la seule trappiste française est ... belge ! Qu'à cela ne tienne, la foi n'a pas de frontières, dieu aime son prochain comme lui même parait-il, et c'est donc sans arrière pensée qu'il faut déguster cette "Chimay ambrée".
Ne m'en veuillez pas si j'en profite pour mettre en scène ma bière en mémoire de mon tout premier Untapp, en ce lieu saint de la terrasse même de l'abbaye du Mont des Cats, telle une confession du péché d'orgueil numérique dont je fus l'auteur. Et je précise aussi que celle que je m'apprête à boire se périme cette année, elle devrait donc être parfaitement à maturité.

La mousse épaisse d'apparence crémeuse mettra pas mal de temps à rétrécir, tandis que sa couleur très sombre me laisse penser qu'il ne faudrait pas la laisser vieillir plus longtemps, malgré un bel orange se distinguant lorsqu'on passe le verre devant une source lumineuse. L'odeur est dominée par le houblon, celle ci reste très fine et distinguée, faisant naturellement monter ma soif et desséchant ma langue. C'est donc en remerciant le seigneur que je tend le calice à ma sainte bouche afin de me désaltérer à l'aide de cette création divine qu'est la bière Trappiste.
Aussi ronde que le ventre d'un moine cistercien en période de paix prolongée, cette Mont des Cats bénéficie d'un parfait équilibre, puis d'une amertume légèrement marquée. Son age semble la rendre moins pétillante, avec des bulles moins agressives, mais jouant tout de même bien leur rôle. Elle semble aussi plus lourde qu'une bière fraichement brassée et se révèle, naturellement, beaucoup plus sèche. C'est malheureusement ce qui ressort de cette dégustation, moins de saveurs que si elle avait été fraiche, et donc aussi moins de plaisir.
Ma note : 7,5/10
Sans être pour autant à l'origine d'apparitions mystiques ou d'un énième schiste de protestation, il faut bien admettre que la Mont des Cats est une bière de qualité, plutôt claire et rafraichissante, dont les infidèles feraient mieux de s'abreuver dans leur torrides contrés désertiques plutôt que d'en interdire la consommation ! Moi je verrais bien Moïse, Mahomet, Jésus et le gros Bouddha trinquer ensemble avec cette bière facile à boire mais néanmoins fort goutteuse. Elle ne va pas me transformer en croyant du jour au lendemain, mais tant que je pratiquerai la bière avec conviction, assiduité et recueillement, les païens n'auront qu'à bien se tenir !!!